La 18e édition du Festival international de la bande dessinée d’Alger (FIBDA), organisée sous l’égide du ministère de la Culture et des Arts et le patronage de la ministre de la Culture et des Arts, Malika Bendouda, se tiendra du 1er au 5 octobre sur l’esplanade de Riadh El Feth, sous le thème « Le roman graphique : carrefour de l’image et du verbe ». À cet effet, le commissaire du FIBDA, Salim Brahimi, a présenté, lundi 28 septembre, les grandes lignes de cette édition, lors d’une conférence de presse organisée à la salle Frantz-Fanon de l’OREF. La rencontre s’est déroulée en présence de plusieurs représentants du corps diplomatique accrédités en Algérie, de nombreux représentants des médias, et de partenaires de l’événement.
Salim Brahimi a expliqué que le choix du roman graphique comme fil conducteur de cette 18e édition, s’inscrit dans une « évolution plus large de la perception de la bande dessinée », longtemps associée à la littérature destinée à l’enfance ou considérée comme une forme artistique secondaire. Le développement du roman graphique a, au contraire, contribué à rapprocher la bande dessinée de la littérature et à élargir les possibilités narratives offertes par l’association du texte et de l’image. M. Brahimi a notamment évoqué les adaptations en BD de plusieurs œuvres littéraires de Yasmina Khadra, estimant qu’elles illustrent la manière dont les deux formes de narration peuvent se rejoindre. Ce choix de mettre le roman graphique à l’honneur traduit aussi une volonté de « faire connaître davantage un genre » qui reste encore relativement peu développé en Algérie par rapport à la bande dessinée classique.
Le commissaire du festival a également annoncé des mesures visant à faciliter l’accès au festival aux étudiants des écoles et instituts des beaux-arts à travers le pays, qui pourront accéder gratuitement au FIBDA sur présentation de leur carte d’étudiant. Cette possibilité concerne également les centres d’accueil pour enfants ainsi que les personnes aux besoins spécifiques.
Treize pays, treize expositions et des hommages
Durant cinq jours, la manifestation réunira des participants issus de douze pays, notamment la Tunisie, l’Espagne, l’Égypte, l’Italie, la France, les États-Unis, le Japon, la République démocratique du Congo, la Palestine, la République tchèque, Malte et la Hongrie, aux côtés de l’Algérie. Le réseau EUNIC, qui regroupe des instituts culturels et des ambassades européennes représentés en Algérie, participera également à cette édition.
Le festival proposera 18 conférences, 14 ateliers et activités dans plusieurs espaces accessibles quotidiennement de 10h à 19h. De plus, 13 expositions seront mises en place, et consacrées à des auteurs et artistes algériens et étrangers, notamment Tayeb Arab, Benyoucef Abbas Kebir, Chie Kutsuwada (Japon), Marek Rubec (République tchèque), Riccardo Nicolai et Veronica Palmegiani (Italie), Rasha Abou El Maaty (Égypte), Fernando Montero (Espagne), et Jérémie Nsingi (République démocratique du Congo).
Le programme comprend aussi la participation du grand dessinateur Slim, qui dédicacera ses albums le samedi 3 octobre, alors que le festival prévoit des hommages aux défunts Tayeb Arab et Mahfoud Aider, à travers des rencontres consacrées à leurs parcours et à leurs contributions à la bande dessinée algérienne.
eSport, ateliers pour enfants et fresque solidaire
Le gaming conservera une place de choix dans la programmation, avec l’espace « Gamers Point » qui devient « Five Stars », une structure spécialisée dans l’eSport algérien. Les enfants disposeront d’un espace de 100 m² regroupant plusieurs activités, notamment des ateliers de bande dessinée, de dessin ou de collage, ainsi qu’un espace de lecture.
Dans cette perspective, la participation de Techno se traduira cette année par la mise à disposition de matériel destiné notamment aux dessinateurs de manga, ainsi que par l’organisation d’ateliers interactifs et d’un concours quotidien de dessin. L’entreprise accompagne également le concours de manga organisé par l’ambassade du Japon en Algérie, ainsi que plusieurs concours du FIBDA. Vingt prix sont annoncés, répartis entre les catégories enfants et adultes.
Par ailleurs, une fresque collective sera réalisée autour du thème « Dessine une fleur pour les enfants d’Algérie », un geste de solidarité en hommage aux enfants touchés par le drame survenu dans l’Etablissement de l’Enfance assisté d’El Mohammadia et aux victimes des incendies de cet été.
Les étudiants de l’ESBA associés à la dynamique du festival
La formation artistique occupera également une place centrale dans cette édition, notamment dans le cadre de la convention conclue entre l’École supérieure des Beaux-Arts d’Alger (ESBA) et le FIBDA. Cet accord permet à des étudiants de prendre part aux différentes étapes de préparation et de déroulement de la manifestation et d’intégrer cette expérience à leur parcours universitaire. Le directeur artistique du FIBDA, Djaoudet Gassouma, également enseignant à l’ESBA, a présenté les contours de cette collaboration. Ainsi, les étudiants seront notamment associés au montage scénographique des expositions, à l’organisation des ateliers destinés aux enfants et à certains jurys de sélection.
Des workshops consacrés à l’événementiel culturel et aux techniques du roman graphique sont également programmés, notamment avec le concours de l’ambassade des États-Unis en Algérie et l’artiste Alitha Martinez. Selon Salim Brahimi, cette participation permettra aux étudiants de se confronter aux différentes contraintes liées à l’organisation d’un festival international, qu’il s’agisse de la scénographie, de la préparation technique ou des échanges avec les professionnels et le public.
Forte participation européenne
Le réseau EUNIC Algérie figure parmi les partenaires de cette édition, et sa participation consiste en l’invitation de profils reflétant la diversité de la BD européenne. La présidente du réseau EUNIC Algérie et directrice de l’Institut culturel italien d’Alger, Paola Cordone, a présenté le réseau, et les activités prévues dans l’espace commun (stand) qui réunira les membres de ce cluster durant le FIBDA.
Ainsi, l’Institut culturel italien a notamment annoncé la participation de Riccardo et Alberto Nicolai, autour du personnage historique qui établit un lien fort entre l’Italie et l’Algérie : Ali Bitchin, Raïs originaire de Massa, en Toscane. L’Espagne participe avec un artiste issu du graffiti et de l’art urbain, qui animera des ateliers participatifs autour de la création graphique, mais aussi avec un designer qui proposera un atelier consacré aux relations entre bande dessinée, gaming et création numérique. L’Institut Cervantès prévoit également une table ronde consacrée à l’impact de l’intelligence artificielle sur la bande dessinée.
La République tchèque sera représentée par l’illustrateur et auteur de bande dessinée Marek Rubec, tandis que la Hongrie prendra part au FIBDA avec Eszter Szép, artiste de bande dessinée, chercheuse et enseignante.
Les États-Unis entre comics, workshops et échanges
La programmation des États-Unis comprendra la participation des artistes Alitha Martinez et Michael Polsen, ainsi que l’acteur Jason R. Moore, notamment connu pour son rôle dans la série « The Punisher ». Sarah Knight, représentante de l’ambassade des États-Unis en Algérie, a indiqué que cette présence s’inscrit dans la continuité de la participation des États-Unis au FIBDA, engagée depuis 2018.
Le Japon : manga, concours et animation
La présence japonaise constituera un autre volet de la programmation internationale. Marina Fujimaki, secrétaire chargée des affaires culturelles à l’ambassade du Japon en Algérie, a présenté le concours de manga Algérie-Japon, reconduit cette année autour du thème « Héros et héroïnes ». Les œuvres sélectionnées seront présentées dans l’Espace Japon, où les visiteurs pourront voter pour leur manga préféré. Les résultats seront annoncés lors de la cérémonie de clôture du festival, prévue le 5 octobre. De plus, trois invités japonais seront présents à Alger, notamment la mangaka Kutsuwada Chie, qui animera plusieurs ateliers consacrés à la création de personnages et à la réalisation de planches. Elle présentera également ses œuvres au cours d’une conférence inscrite dans la thématique générale du roman graphique. L’artiste Natsume Yoshinori interviendra autour du thème « Le Japon, un monde imaginaire dans les mangas et les animés », et Watanabe Eito, maître de conférences à l’université Meiji et docteur en littérature française, donnera une conférence intitulée « Du roman graphique à l’animation japonaise ».
Somme toute, le 18e FIBDA s’annonce particulièrement riche, avec une immersion dans les différentes formes de narration graphique.